Typhlops monastus, un ver de terre à écailles

Certaines espèces sont rarement vues malgré le fait qu’on les trouve un peu partout, pour ainsi dire sous nos pieds. C’est le cas des Scolecophidiens, littéralement les « serpents vers » (à ne pas confondre avec les « serpents de verre », qui sont en fait des lézards sans pattes, type orvets, mais qu’on ne trouve pas dans les caraïbes à ma connaissance, donc qui sont totalement hors sujet ici, je ne vois même pas pourquoi j’en parle – d’ailleurs j’arrête d’en parler). Derrière ce nom qui permet de briller en société (Scolecophidiens, pas « serpents vers » qui est un peu moins classe, comme quoi le grec a une utilité), on trouve tout un tas d’espèces pas hyper photogéniques et qui se ressemblent un peu toutes pour le profane : on dirait des vers de terre un peu péchus.

Dans les caraïbes, on trouve le genre Typhlops, très facile à identifier du premier coup d’œil de loin la nuit, car il possède sur la tête une écaille préoculaire subtriangulaire dont l’extension antérieure n’est en contact qu’avec la troisième supralabiale. Ahaha. Les spécialistes qui étudient les Scolecophidiens doivent avoir des discussions passionnantes. Quoiqu’il en soit vous pouvez vérifier le critère d’identification sur les photos suivantes :

typhlops monastus head

mais si, on devine que l’écaille devant l’œil est subtriangulaire. Bon par contre on ne voit pas les écailles supralabiales.

en vue de profil, on confirme bien la forme subtriangulaire de l'écaille préoculaire, mais on voit toujours aussi mal les supralabiales. Je m'en excuse.

en vue de profil, on confirme bien la forme subtriangulaire de l’écaille préoculaire, et on devine les écailles supralabiales (elles apparaissent blanches ici). Le critère me semble validé. Facile.

au bout de la queue, on trouve une sorte de petit denticule, dont l'aspect diffère selon les espèces.

au bout de la queue, on trouve une sorte de petit denticule, dont l’aspect diffère selon les espèces. Mais bon, je ne suis pas typhlopsologue alors on va se calmer.

Le nom du genre Typhlops signifie littéralement « yeux aveugles », ce qui est assez approprié car si ces bestioles ont conservé des yeux rudimentaires, comme vous pouvez le voir sur les photos, elles ont eu la bonne idée de les positionner sous une écaille, ce que vous pouvez également constater sur la photo : l’œil est situé en plein milieu d’un losange. Personne n’a pensé à expliquer à ces braves bêtes que quand on parle de « lunettes en écaille », ces dernières sont utilisées pour faire les montures, pas la partie optique…

Cet agencement a tout d’une idée saugrenue au premier abord : même si l’écaille est très mince elle doit avoir tendance à flouter le paysage, ce qui peut être intéressant pour un peintre impressionniste, mais pas pour un animal prédateur… Mais en fait tout s’explique quand on considère le mode de vie de la bestiole : c’est un fouisseur, féroce prédateur de fourmis et de termites, dont il croise le chemin sous terre ou dans le bois mort. Par conséquent :

– Le paysage n’est pas folichon, vu l’absence de lumière. Investir dans des yeux de lynx parait donc assez superflu. Des yeux capables de percevoir que « il y a de la lumière par la, faisons demi-tour et retournons à l’abri » suffisent amplement.

– quand on avance sous terre dans le noir la tête la première et qu’on n’a pas de mains, on se cogne partout. Mettre une écaille devant les yeux permet d’éviter de se les crever au bout de 2 minutes.

in natura

la bestiole dans son ensemble, très énervée d’être au soleil

square = 1 foot

pour donner l’échelle, le carré fait 30 cm de coté

On trouve des Typhlops dans de très nombreuses îles de la Caraïbe, probablement arrivés là parce qu’ils ont tendance à se réfugier dans des troncs d’arbres vermoulus et que ces derniers sont parfois transportés d’île en île par les vents et courants marins. Ce genre d’événement est toutefois assez rare et par conséquent l’évolution fait son oeuvre, aboutissant souvent à ce que chaque île ou groupe d’île héberge une espèce qui lui est propre. Par exemple, la Dominique et la Guadeloupe hébergent respectivement T. dominicanus et T. guadeloupensis, deux espèces extrêmement proches. À Montserrat nous trouvons T. monastus, présent sur toutes les photos de cette page, tandis que les îles de Saint Kitts, Nevis, Antigua et Barbuda sont peuplées par T. geotomus, une espèce voisine (considérée encore récemment comme une sous espèce de T. monastus).

  typhlops monastus     typhlops monastus

 Bref, je suis content d’avoir trouvé une chouette petite bestiole endémique et d’en savoir un peu plus à son sujet. Si vous aussi vous voulez la voir, regardez sous les cailloux et les troncs d’arbre mort à Montserrat ! Vous pouvez aussi regarder dans la gueule de mon chat, il est assez bon pour les trouver et aime bien jouer avec.

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